Les avantages liés à la reconnaissance et au traitement du TDAH pour les systèmes judiciaire et correctionnel canadiens

Le taux de prévalence du TDAH au sein des détenus est cinq fois plus élevé chez les adultes et dix fois plus élevé chez les jeunes que celui touchant la population générale.1 Une étude portant sur les résultats combinés de 42 articles déjà publiés partout dans le monde a montré que la prévalence généralement reconnue du TDAH dans le système carcéral est de 26,1 % 1.

Les troubles mentaux concomitants ainsi que les comportements suicidaires et l’abus de substances sont beaucoup plus élevés chez les détenus atteints de TDAH que les autres.2

Les symptômes d’impulsivité et de dysfonctionnement exécutif associés au TDAH entraînent une mauvaise maîtrise de soi qui expose les personnes atteintes de TDAH à un risque beaucoup plus élevé d’être impliqué dans le système carcéral. 3

Ces dysfonctions, couplées à la difficulté à rester concentrés et attentifs pendant l’interrogatoire de police et les processus judiciaire et carcéral rendent les personnes atteintes de TDAH plus vulnérables tout au long de leurs démêlés avec la justice.4

Malheureusement, en raison du manque de sensibilisation et de services appropriés de dépistage, le TDAH demeure sous-diagnostiqué et sous-traité, en particulier chez cette population – une étude a révélé que seuls deux des trente détenus présentant des symptômes de TDAH avaient reçu le diagnostic durant leur enfance3.

Des études montrent que le traitement de la toxicomanie et des comportements suicidaires est beaucoup plus efficace quand on prend d’abord en charge le TDAH en comorbidité.5

Une étude américaine récente a estimé les coûts à 2 à 4 milliards de dollars par année pour la société.6 Si on extrapole ces données à la population canadienne, on parle alors de 200 à 400 millions de dollars par année.

Une meilleure sensibilisation à propos du TDAH et la mise en œuvre de procédures de dépistage et d’évaluation au sein du système judiciaire augmenteraient les chances que les personnes atteintes de TDAH soient ciblées et reçoivent le traitement approprié.

Des traitements plus récents du TDAH qui diminuent significativement le potentiel de détournement et d’abus sont maintenant sur le marché. 7, 8

Le dépistage et le traitement rapides du TDAH réduiraient les coûts pour le système judiciaire en :

  • améliorant les comportements perturbateurs et agressifs des détenus pendant leur séjour, réduisant ainsi la prolongation des peines7.
  • Des données scientifiques montrent que le traitement du TDAH réduit l’alcoolisme et la toxicomanie9 les comportements criminels de 32 à 41 %10 et le récidivisme. 11
  • Nous devrions évaluer et traiter les jeunes en établissements correctionnels dès que possible, afin de contribuer à prévenir un parcours menant vers la criminalité à l’âge adulte.
  • La diminution des comportements criminels et une meilleure réhabilitation globale de ces détenus amélioreront leur qualité de vie et celle de leur famille, réduiront les coûts pour le système judiciaire, profiteront à la communauté vers laquelle ils retournent et à la société canadienne en général4.

Semaine de sensibilisation au TDAH – messages clés

MESSAGES DÉTAILLÉS

  • Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) n’est pas un trouble de garçons trop actifs et indisciplinés. Il s’agit d’un véritable trouble neurobiologique complexe à facettes multiples qui dure souvent toute la vie et qui affecte des gens des deux sexes et de tous âges.
    • Le TDAH affecte les gens des deux sexes, et bien qu’il soit généralement associé aux enfants, il est prévalent chez les adultes également.
  • Le TDAH ne « s’en va pas ». Si elles ne sont pas traitées, la majorité des personnes atteintes ressentiront des symptômes – courte durée d’attention, nervosité ou agitation constante et être facilement distrait – jusqu’à l’âge adulte. Or, ces symptômes entraînent une dégradation importante de la capacité d’étudier, de travailler et de gérer sa vie.
    • 80 % des enfants aux prises avec les symptômes du TDAH souffrent encore du trouble à l’adolescence, et chez 60 % des adultes, les principaux symptômes continuent de nuire au fonctionnement.1
    • En général, 90 % des adultes atteints d’un TDAH ne reçoivent pas un traitement, ce qui entraîne des souffrances inutiles et des effets socioéconomiques indésirables.2
    • Une étude récente a révélé qu’au moins un tiers des adultes atteints d’un TDAH obtiennent difficilement une évaluation et un diagnostic à cause des coûts élevés ou de la difficulté à accéder à un médecin compétent.2
    • Au nombre des symptômes courants du TDAH, citons la difficulté de maintenir son attention et l’incapacité de se concentrer pendant un certain temps, la concentration excessive avec l’incapacité de se détacher, la difficulté à établir des priorités, et ce, à un degré invalidant et parfois, mais pas nécessairement, l’hyperactivité et l’impulsivité.
    • Les autres symptômes pourraient inclure:3 la difficulté à s’organiser, la procrastination fréquente, un sentiment de non-accomplissement, la tendance à entamer de nombreux projets sans les terminer, la tendance à s’ennuyer facilement, la recherche d’activités à haut risque, l’impatience, une faible tolérance à la frustration, des sautes d’humeurs, une difficulté à contrôler ses émotions, des problèmes d’estime de soi, de la difficulté à établir des interactions sociales, des changements d’emploi et des pertes d’emploi plus fréquents, un taux de scolarisation plus faible, ainsi que de la difficulté à effectuer un travail qui exige un souci du détail, à payer ses factures à temps et à gérer son argent.
    • Bien que de nombreux adultes atteints d’un TDAH parviennent à s’épanouir dans leur milieu de travail et considèrent que certains de leurs traits de personnalité liés au TDAH, comme le surplus d’énergie, la capacité de résoudre facilement les problèmes et la créativité, représentent des atouts importants dans leur choix de carrière, pour d’autres, les symptômes non traités les empêchent de travailler et de réaliser leur plein potentiel.11

Pour plus de messages-clés détaillés sur le TDAH chez l’adulte, veuillez consulter messages-clés sur le TDAH chez l’adulte

  • Le livre blanc de CADDAC sur les coûts socioéconomiques démontre bien les impacts du TDAH. Cet article porte sur des recherches qui illustrent l’impact du TDAH sur la réalisation du capital humain et social, avec comme résultat une augmentation des coûts socio-économiques pour le Canada, de même que sur l’augmentation des coûts pour les soins de santé, l’éducation, la main-d’œuvre, les services sociaux et le système de justice.
    • On estime que le Canada perd de 6 à 11 milliards de dollars annuellement en raison de la perte de productivité en milieu de travail.ii
    • Le coût du TDAH au Canada, extrapolé à plus de 7 milliards de dollars, excède le coût imputable aux troubles de dépression majeure.ii
    • Les gens aux prises avec le TDAH sont plus susceptibles d’arriver sur le marché du travail en tant que travailleurs non qualifiés ou moins qualifiés, de recourir au chômage pendant de plus longues périodes, de changer d’emploi plus fréquemment et de gagner moins d’argent au cours de leur vie.
    • Il existe une corrélation directe entre ce trouble et l’augmentation des coûts de soins de santé.
    • Le coût lié à l’éducation des personnes qui souffrent de TDAH est élevé, et le rendement scolaire n’est pas nécessairement au rendez-vous.
    • L’impact du TDAH sur les services sociaux canadiens continue de s’amplifier.
  • Depuis trop d’années, des mythes et des renseignements erronés circulent abondamment dans les médias et dans la communauté en général. Cette année, CADDAC demande à tous les Canadiens et aux gouvernements de SE SENSIBILISER et DE S’INFORMER sur le TDAH pendant le mois d’octobre, mois de la sensibilisation au TDAH, et pendant toute l’année.

RÉFÉRENCES

1Young, S et al, A Meta-analysis of the Prevalence of Attention Deficit Hyperactivity Disorder in Incarcerated Populations. 2015(45): 247-258.

2 Einarrson E et al, Screening for Attention-Deficit Hyperactivity Disorder and Co-morbid Mental Disorders among Prison Détenus. Nord J Psychiatry, 2009(63): 361-367.

3 Eme R, Attention-Deficit/ Hyperactivity Disorder and Criminal Behavior, Intl J of Sociological Study 2013:1(2), 29-36.

4 Usher AM, Stewart LA, Wilton G, Attention Deficit Hyperactivity Disorder in a Canadian Prison Population. Intl J of Law & Pych, 2013(36): 311-315.

5 Connor DF et al, Adolescent Attention Deficit Hyperactivity Disorder in the Secure Treatment Setting. Criminal Justice & Behaviour, Juin 2012:39(6), 725-747.

6 Fletcher J, Wolfe B, Long-term Consequences of Childhood ADHD on Criminal Activities. J Ment Health Policy Econ. Septembre 2009:12(3), 119-138.

7 Scott DA et al, Expert Opinion and Recommendations for the Management of Attention-Deficit/ Hyperactivity Disorder in Correctional Facilities. J Correctional Health Care 2016:22(1), 46-61.

8 Bright GM, Abuse of Medications Employed for the Treatment of ADHD: Results From a Large-scale Community Survey. Medscape J Med, 2008:10(5), 111-138.

9 Konstenius M et al, Methylphenidate for Attention Deficit Hyperactivity Disorder and Drug Relapse in Criminal Offenders with Substance Dependence: a 24 Week Randomized Placebo-controlled Trial. Addiction 2014(109): 440-449.

10 Lichenstein P et al, Medication for Attention Deficit-Hyperactivity Disorder and Criminality. N Engl J Med. November 2012:367(21), 2006-2014.

11 Ginsberg Y et al, Underdiagnosis of Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder in Adult Patients: A Review of the Literature. Prim Care Companion CNS Discord 2014;16(3):PCC.13r01600.